J’ai 20 ans et je n’irai pas voter !

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Pier Paolo Pasolini

 

En pleines élections municipales, ce n’est ni la percée du Front National, ni le maintien de la droite traditionnelle qui aura le plus frappé l’observateur aguerri, mais bien le taux d’abstention qui atteint des records dans notre Ve République. Nous sommes en effet 38,5% à ne pas être allés effectuer notre « devoir de citoyen » au premier tour et ce chiffre atteint 61% chez les jeunes de 18 à 24 ans. Combien serons-nous au second tour ? Beaucoup, assurément. Loin de toute paresse du dimanche que les discours moralisateurs ne parviendraient pas à raisonner, nous sommes de plus en plus nombreux à le revendiquer : nous n’irons pas voter.

Pourquoi ? Eh bien, pourquoi pas. Il ne m’intéresse pas de choisir entre la peste et le choléra, et s’il faut que l’on m’inocule une maladie, alors j’aime mieux ne pas être celle qui appuiera sur la seringue. Voter, d’accord. Mais pour qui ?

Je n’aime pas cette gauche déconnectée du ciel qui méprise la nature et ses lois, détruit le sublime pour ne pas offenser le laid, confond le juste et le vrai, le laxisme et l’indulgence, et qui a plus à cœur de soigner l’élégance de sa posture de bonté prétendue que la pertinence de son discours. Cette gauche tolérante et souriante, n’est-ce pas, qui distribue généreusement de la tarte aux enfants mais se renfrogne avec sécheresse devant son propre rejeton, et qui exclut de sa tendre ronde des millions de français désespérés qu’elle méprise comme une glaire coincée dans sa gorge délicate. Cette gauche qui déteste la violence mais refuse de s’y attaquer, et supporte bien aisément de la voir augmenter et accabler son peuple chaque jour que la vie fait. Cette gauche incohérente qui veut bien pour ses enfants ce qu’elle refuse pour ses fruits, s’oppose aux OGM tout en prônant la GPA, exalte la nature mais nie les liens du sang. Cette gauche puérile comme une gamine jamais touchée qui n’hésite pas à sacrifier le peuple sur l’autel de sa démagogie, en luttant contre la prostitution ou en supprimant la défiscalisation des heures supplémentaires qui permettait à tant de gens de joindre les deux bouts, par hostilité mécanique envers un Sarkozy qui n’est pourtant que son reflet. Cette gauche stratège dont les combats idéologiques sont toujours sous-tendus par des intérêts électoraux ou particuliers. J’ai en horreur cette gauche qui a délaissé les grandes préoccupations pour le bavardage de mégères et les sujets sociétaux, et qui voudrait maintenant se raccrocher aux branches en accordant le droit de vote aux étrangers, qui sont de moins en moins dupes sur ses véritables intentions. Et qu’importe ce que diront les donneurs de leçons. Je ne suis pas facho, mais fâchée.

Que l’on ne se méprenne pas.. Je n’aime pas non plus cette droite qui ne défend la liberté d’expression que pour rompre son propre ostracisme médiatique mais qui ne s’est jamais révélée bien tolérante avec ses opposants ; cette droite ordurière dont la parole est crachat et qui confond le droit à la critique et l’insulte gorgée de haine, qu’il s’agisse d’homosexuels ou d’immigrés. Cette droite qui troque le ciel contre des fables religieuses, qui se pique d’un conservatisme rigide qu’elle ne parvient pas à faire appliquer dans ses propres rangs, et qui nous offre ensuite le spectacle grotesque d’une bigoterie sans cesse prise en faute. Cette droite qui aime la nature mais crache sur ceux qui veulent lui obéir et la préserver, ignorant que cette dernière ne commande pas la fidélité, et encore moins le mariage, mais bien la liberté ; omettant que cette même nature ne plébiscite pas le patriarcat destructeur qu’elle s’obstine à prôner, mais les structures matrilinéaires qui lui font horreur. J’ai en horreur cette droite mafieuse et obèse qui collectionne les problèmes avec la justice, même quand elle n’est pas au pouvoir, compte ses billets, aligne ses rentiers, et oppose la moquerie convulsive à toute tentative de rendre le monde meilleur. Bien pensante ? Je vous emmerde.

Nous savons de toute façon que l’opposition entre gauche et droite n’est désormais que virtuelle. C’est sur d’autres terrains que se jouent les parties les plus décisives. Entre la gauche d’apparatchiks et la droite de petits fonctionnaires, je ne veux pas choisir.
Quelle pertinence y a t-il à passer d’un parti à un autre, comme un bateau qui tangue en mer, un coup à droite un coup à gauche, et qui ne connaît finalement ni l’union ni la stabilité ? Les formations politiques changent, les élus se succèdent, et pourtant, les volontés du peuple sont, à peu de choses près, toujours les mêmes. Il suffirait alors de laisser ce dernier choisir directement les mesures qu’il voudrait voir appliquées au lieu de lui tenir la main comme un enfant déjà mature que l’on pense encore incapable de traverser la rue tout seul. Un programme, par le peuple et pour le peuple, c’est aussi simple que cela.

Plutôt que ce système constipé où rien n’avance et où le parti politique est une organisation figée, plutôt qu’un état morcelé par sa mauvaise organisation quand nombre d’idées unissent ses citoyens, je voudrais un pays véritablement soudé où le peuple déciderait lui-même de ce qui le concerne. Je voudrais l’ouvrier et la boulangère, l’instituteur et le cadre, le pompier et l’avocate, l’entrepreneur et l’infirmière sur les bancs de l’Assemblée Nationale.

Là, enfin, nous verrions quelles sont les véritables préoccupations du peuple et nous n’aurions pas affaire à un matraquage de sujets brûlants sortis pour des raisons électoralistes. Car ces gens jouent là leur quotidien aussi bien que leur destinée. Ils ne sont pas ici pour plaisanter ou jouer au Ruzzle.

Là, enfin, nous aurions des gens qui savent comment fonctionne une entreprise ou combien coûte un ticket de métro. Nous n’aurions pas une armée d’énarques dont la politique est la profession et qui, forcément, s’accrochent à leur fauteuil comme on s’accroche au gagne-pain qui permet de payer son loyer. La politique ne doit pas être un métier, mais une fonction et les convictions ne doivent pas être perverties par des questions de survie pécuniaires.


J’ai la certitude que les jours de ce système fatigué comme une vieille bagnole sont largement comptés. Je compte bien œuvrer pour sa destruction : j’ai 20 ans et je n’irai pas voter.

 

 

 

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A propos Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout.
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14 commentaires pour J’ai 20 ans et je n’irai pas voter !

  1. Elena dit :

    Rendons à César ce qui lui appartient : « Je ne suis pas fasciste, je suis fâché » est un propos de Marc-Edouard Nabe. Sinon, je suis assez d’accord sur le fond mais le style d’écriture est un peu gras et pâteux à mon goût, que l’on dit raffiné.

    • Altana Otovic dit :

      Je ne savais pas que Marc-Edouard Nabe avait écrit cela. En revanche, une simple recherche sur Google m’apprend que pléthore d’autres personnes l’ont fait avant lui et que Mélenchon a dit la même chose en sens inverse. Il n’y a donc pas de César auquel rendre des lauriers pour ce jeu de mots facile et vieux comme le français moderne..

      J’espère que votre raffinement s’est remis de mon style gras et pâteux. Vous voulez un sac ? Il serait dommage de tâcher vos vêtements.

      • Miny458 dit :

        Ne changez rien à votre style, surtout, Altana. C’est un plaisir de vous lire.
        Vos articles sur BV me manquent.

  2. Angel Xp dit :

    Pour une fois je ne partage pas votre avis. On peut toujours voter pour la solution de moindre mal, compte tenu de l’ urgence du contexte actuel.
    Par exemple : étant un libéral, aucun parti ne me correspond. La plupart des libéraux pratiquent l’ abstention depuis toujours, d’ autres ont rejoint le PLD ( Partl Libéral Démocrate ). Malheureusement, ce dernier s’ est fait annexer par l’ UDI. Ce que je n’ approuve pas ( parti pro-européen )

    Au final je me retrouve à voter pour le FN ( Stéphane Ravier à Marseille ) dont le programme se situe bien au-dessus de l’ UMPS.

  3. HENAULT dit :

    N’ayant jamais été particulièrement démocrate, je trouve que cet article vise juste. De toute façon, la réalité va rapidement rattraper ces braves gens. En revanche, je n’ai plus vingt ans depuis un bout de temps et j’ignore ce qu’est le Ruzzle. Une distraction abrutissante qu’on trouve sur les téléphones mobiles, je suppose?

    • Altana Otovic dit :

      C’est un jeu, oui. En fait, je faisais implicitement référence à Florence Rossignol, la sénatrice grillée en train de jouer au Ruzzle sur sa tablette pendant une session parlementaire..

  4. Henri Huc dit :

    Certes, je n’ai pas la prétention d’avoir un goût raffiné, mais j’aime beaucoup votre style que je trouve, sans flatterie aucune, agréable, brillant et percutant (sic ! ).
    Sur le fond, pas tout à fait d’accord avec vous.
    Même si la politique n’est pas un métier comme un autre, c’est aussi un métier, en ce sens qu’il exige la durée et que l’amateurisme et le dilettantisme n’y ont pas leur place, ce qui n’empêche pas que toutes et tous doivent pouvoir y accéder, de l’entrepreneur à l’éboueur, en passant par l’infirmière, le cadre, etc.. C’est d’ailleurs ce qui fait, ou devrait, faire la noblesse du mandat électoral.
    Si effectivement « les convictions ne doivent pas être perverties par des considérations pécuniaires », il n’en reste pas moins que toute peine mérite salaire et que le talent doit être rémunéré, d’autant plus que les sacrifices consentis par les politiques, du moins certains, c’est aussi une réalité méconnue.
    L’abstention est sans doute loin d’être souvent un comportement motivé et plutôt que d’un rejet, relève généralement, d’un manque d’intérêt.
    Enfin, le système a de la résilience et la seule abstention ne risque pas de le changer.

  5. Jean-Louis Perez dit :

    Je trouve que vous avez de très bonnes raisons d’être fâchée, que vous avez de très bonnes raisons de vouloir participer à la destruction de ce système. Et vous l’écrivez avec beaucoup de talent, bravo ! Et j’ai beaucoup de plaisir à vous lire, merci. Pour ma part, j’ai toujours voté, comme une peau de chagrin pour des partis et des idées dans un premier temps, puis seulement pour des personnes qui m’inspiraient confiance, puis blanc depuis quelques années, pensant accomplir ainsi mon devoir de citoyen. Mais finalement, vous m’avez convaincu : ne pas voter peut également être un acte de citoyen, libre et conscient. Peut-être même la meilleure expression du refus. Aux prochaines élections, je considérerai dorénavant l’abstention comme un choix possible.

  6. SeigneurduChaos dit :

    « Il suffirait alors de laisser ce dernier choisir directement les mesures qu’il voudrait voir appliquées au lieu de lui tenir la main comme un enfant déjà mature que l’on pense encore incapable de traverser la rue tout seul. Un programme, par le peuple et pour le peuple, c’est aussi simple que cela. »
    Comme si le « peuple » était une seule et même chose. Vous êtes pour une démocratie directe ce qui est extrêmement dangereux car anarchistes. Je crois qu’on en a assez eu des idéologies du peuple pour le peuple au XXe siècle : ce fut toujours les plus mortifères.
    Désormais que la bêtise démocratique s’effondre place est faite à l’expression de la pensée aristocratique.

    • l'inconnu de passage dit :

      Je rejoins Altana Otovic pour la forme de démocratie directe qu’elle évoque.
      Je crois que c’est plutôt la pensée aristocratique, celle de Bruxelles, qui est en train de s’effondrer sous nos yeux ébahis (et ravis).

  7. Comme je vous ai rhabillée pour l’hiver dans mon commentaire sur Causeur ce matin (commentaire devenu article sur Revactu), mais que je lis ici plein de choses avec lesquelles je suis en accord, je prendrais donc le temps tout à l’heure d’en commenter certaines….
    Réponse à Altana Otovic (Causeur) : Les dragueurs qui sifflent les femmes dans la rue ne les admirent pas mais les méprisent
    http://revolisationactu.blogspot.fr/2015/04/reponse-altana-otovic-causeur-les.html

    • Altana Otovic dit :

      « Comme je vous ai rhabillée pour l’hiver dans mon commentaire sur Causeur ce matin… »

      Ha-ha-ha… euh, quel commentaire ? Ce n’est pas l’humilité qui vous étouffe en tout cas…

  8. Adriel dit :

    Je l’ai pensé, vous l’avez écrit.
    Oh bien sur, je ne partage pas votre opinion sur tout.
    Mais j’adore!
    Un ex votant.

  9. l'inconnu de passage dit :

    Je découvre ce blog un peu par hasard (et un peu grâce à Causeur, puisqu’il parait qu’il faut rendre à César…etc). Je suis séduis par votre ton et votre style. Et surtout par vos idées.
    Décidément, la jeunesse va peut-être sortir ce pays de l’ornière dans laquelle les gens de ma génération (hélas…) et de la précédente l’ont englué.
    Merci et bonne continuation !

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