Tendre le bâton pour se faire battre

baby_sealCes derniers mois et pour diverses raisons, j’ai changé. Je suis devenue plus méfiante, plus secrète, moins accessible. Je suis toujours aussi spontanée, mais ce qui a changé, c’est que je ne le suis plus avec tout le monde. Et il m’est impossible de savoir si c’est un mal ou un bien. Ai-je mûri, grandi, poussé (la force de l’âge) ou ai-je simplement vieilli, renoncé, fléchi (le déclin) ? Je suis satisfaite de mes métamorphoses, mais je me demande encore, avec inquiétude forcément, si je ne me suis pas un peu renfrognée ; si je n’ai pas perdu quelque chose en route. Ce que je crois parfois être une force nouvelle, l’intelligence de ne pas tout dire, celle de savoir se protéger, conserver ses forces pour ce qui importe, est-ce en fait un blocage, une lâcheté, une impuissance, une incapacité à être soi entièrement et à se livrer nu ?

« Ne pas tendre le bâton pour se faire battre » est la phrase que j’ai le plus entendu, et que je me répète le plus souvent à ce propos. Je la hais de toutes mes forces, elle me met en colère, je la trouve aussi stupide que le fameux « elle l’a un peu cherché » pensé, dit, écrit, au sujet d’une femme agressée sexuellement et qui portait une tenue aguicheuse. Mais je me remets en question, je le jure, j’y pense continuellement, et si je persiste à penser ce que je pense, ce n’est que parce que je suis encore persuadée d’avoir raison (oups). Mais peut-être ai-je tort. Peut-être suis-je, comme on me le fait parfois remarquer, une gamine immature et candide qui refuse d’écouter, qui refuse d’entendre ce que disent les adultes et les sages qui eux, savent, ont vu, ont vécu, sont devenus des gens responsables et aptes à contrôler leur vie, à mener une existence saine et bien éloignée des tourments inutiles que je semble vouloir m’imposer. Mais je n’y peux rien. Je hais cette phrase, je hais ce qu’elle veut dire, je hais ce qu’elle ordonne et ce qu’elle implique pour moi de résignation, de concession, de pourriture morale. « Ne pas tendre le bâton pour se faire battre ». Mais à qui la faute, en vérité ? A celui qui tend le bâton en choisissant de vivre libre et révèle parfois, malgré lui, les hypocrisies, fait de son corps, de ses pensées, de sa personne, un champ d’expérimentation ? Ou à ceux qui tirent sur tout ce qui se meut hors de leurs petits territoires consciencieusement et dogmatiquement découpés en carré, rasés et clôturés ? J’ai toujours autant de tendresse pour les premiers, et de réprobation pour les seconds. Je fais toujours partie des gens qui pensent que c’est de la faute des autres, de ceux qui ne vous laissent pas vivre et qui trouvent à y redire. Et il y a toujours en moi une tête brûlée qui fonce tête baissée, qui veut affronter les choses coûte que coûte, et qui se repaît presque de la souffrance que ça lui cause, partant du principe que les coups que l’on prend et la douleur qui en résulte sont la preuve de la bêtise d’autrui, et de notre résistance à cette dernière. Mais j’ai peut-être tort. Et ce soir, je n’ai toujours pas ma réponse. Ou peut-être que si, en fait, un petit peu. « Ne pas tendre le bâton pour se faire battre. » – Et puis quoi encore ? Tendre le bâton, se faire battre. Se saisir du bâton et rendre les coups.

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A propos Altana Otovic

Tout ce qui n'est pas écriture m'ennuie. Vous savez ça, vous savez tout.
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2 commentaires pour Tendre le bâton pour se faire battre

  1. Huc dit :

    Comme le chantait il y a fort longtemps Georges Brassens, « les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux ».

  2. Giudicelli godefroy dit :

    Ces derniers mois et pour diverses raisons, j’ai changé…

    Comme vous semblez chercher une réponse à votre interrogation dans la chute de ce premier paragraphe, je me permets de vous donner mon avis.
    Vous avez mûri, grandi… et vite si je m’en réfère à votre âge..
    Et forcément perdu quelque chose des merveilles liées à l’enfance et à l’adolescence.
    Mais le plus étonnant c’est que vous en soyez déjà là ! une sagesse issue de votre intelligence qui vous préserve des coups inutiles. Il vous suffit grandement des désillusions issues du monde dans lequel nous devons bien vivre et qu’en général les personnes de notre sorte observent avec une particulière et rare lucidité.
    Point de lâcheté donc, ni d’incapacité à être soi. C’est vous, avec une force nouvelle !
    Alors, surtout, gardez-la !

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